2015-2020 Le bilan

Quatre années, à quelques jours près, ont passé depuis l'écriture du dernier article de ce blog. Le nombre d'années nécessaire pour composer avec et enfin me débarrasser du syndrome de l'imposteur qui, je le crains, assaille et dévore tout nouvel.le entrepreneur.e autodidacte.

 

Aujourd'hui, après un confinement et un été introspectifs, j'avais envie de ranimer ce blog en vous délivrant le fruit de mes réflexions et pensées au sujet de ces cinq années à me battre contre cette autocensure. J'espère qu'elles inspireront et réconforteront celles et ceux qui souffrent des mêmes doutes.

Calligraphie Carole Paillé - Crédit photo Emilie Massal
Calligraphie Carole Paillé - Crédit photo Emilie Massal

En 2014, lorsque je mets un terme à vingt années d’exercice libéral et que je ferme définitivement les portes de mon bureau d’études en géologie, je ressens d’abord un immense et incommensurable soulagement. Je suis à cet instant tellement heureuse de me libérer des chaînes des responsabilités écrasantes de la profession et avide d’entamer une existence paisible et frugale... 

 

Mais rapidement je n’ai qu’une seule chose en tête : créer à nouveau ! Mais je n'ai plus la même énergie que vingt ans auparavant. Et surtout je me suis fait la promesse de ne plus jamais endosser autant de responsabilités. 

Illustration Carole Paillé
Cartes postales Carole Paillé Béarn illustré - Crédit photo Emilie Massal

J’ai surtout envie de ralentir, ne plus ressentir de stress et me consacrer davantage au bien-être de mes enfants... et au mien !

 

M’ouvrir enfin au monde et aller à la rencontre de tous ceux de ma communauté que je ne connais pas encore, faute d’avoir eu le temps ni même l’envie.

 

Et dans le même temps je suis assaillie d’une inquiétude dévorante : habituée à rédiger des rapports de toute sorte, je suis alors persuadée que cette pause va atrophier cette compétence à l’instar d’un muscle qui n’est plus sollicité… C’est dans cet état d’esprit que je décide d'accompagner ma démarche de slow life de l’écriture de billets de blog que je baptise “BlaBlacarole”, en clin d’oeil à un site de covoiturage français bien connu avec qui je partage l'esprit collaboratif et trois lettres de mon prénom. Je découvre à cette occasion le plaisir de l’écriture : écouter, observer puis retranscrire les émotions pour les diffuser pour qu’à leur tour elles déclenchent des envies, de la curiosité, du plaisir... Les lecteurs sont enthousiastes et me poussent à professionnaliser mon écriture. A l'hiver 14-15, je me lance alors en tant que prête-plume et conseillère en gestion d’entreprise avec le statut de micro-entrepreneure. De cette façon je valorise mes capacités rédactionnelles et mon expérience de chef d’entreprise en aidant des entrepreneurs qui ont besoin d’accompagnement et ce, sans le moindre investissement de départ et avec la légèreté administrative que j'étais seulement alors capable d'assumer.

 

Je fais de très très belles rencontres et réalise des choses tout à fait surprenantes que je n’aurais pas soupçonné être capable de faire. Je découvre aussi rapidement que mon goût pour le dessin et la calligraphie peut être source de revenus : le qualificatif de prête-plume prend alors un double sens et je rajoute à ma palette celle de prête-pinceau. Fin 2015 mes premières créations personnelles prennent vie à travers une petite ligne de cartes postales et cartes de voeux produites dans un style naïf et épuré qui célèbre mon Béarn natal et ses montagnes. J’ouvre un e-shop etsy et déposent mes cartes dans l'office de tourisme de Pau, ma ville, et dans des boutiques physiques . Les deux collections intitulées “Pyrénées béarnaises illustrées” et “Béarn illustré” régulièrement enrichies de nouveaux modèles rencontrent un petit succès qui perdure encore aujourd’hui. 

 

 

 

Ma vie devient plus créative et mon art lucratif.

 

Cependant les années passent et je ne me sens pas légitime. Comme si être diplômée en géologie interdisait d’être artiste. 

 

Ou de la difficulté à décloisonner son esprit et à se débarrasser de pensées limitantes.

 

Durant cette période, je m’investis dans le milieu militant associatif, pour lequel je n’avais auparavant ni temps ni énergie à consacrer. Cela m’apportera énormément tout autant que cela me décevra : dans ce milieu, encore plus que dans le milieu de l’entreprise, le “management” est un art que les leaders des mouvements pratiquent rarement...

 

Je découvre alors l’importance cruciale d’appliquer le principe de réciprocité et j’en fais une règle de conduite pour tout ce que j'entreprends, tant professionnellement que bénévolement.

Toutes ces activités me permettent de vivre dignement. Mais pas confortablement.

Au bout de cinq années de ce régime, je me rends compte que je ne suis pas heureuse. A aider d’autres entrepreneur.e.s ou porteurs de projet à réaliser leurs missions, j’ai l’impression de moi-même ne rien construire. D’être constamment sur le siège passager. D’y être assignée d’office et souvent de mon propre chef !

 

Car durant cette période il a fallu composer avec une autre difficulté : le syndrome de l’imposteur. Dans une société qui valide les compétences seulement par les diplômes et/ou l’expérience, pendant cinq ans je ne me suis jamais sentie légitime. 

Allier autodidactisme et confiance en soi est une gageure que je parviens péniblement seulement maintenant à relever.  

Aujourd’hui je me sens donc comme à l’arrêt, insatisfaite. Je suis fatiguée d’œuvrer pour le compte des autres. De prêter ma plume, mon cerveau, toute mon énergie créative. Je ressens le besoin impérieux d’en tirer les satisfactions et les leçons, de développer des stratégies, des méthodes, de les éprouver en toute liberté, en priorité pour mon propre compte et de façon moins chronophage et énergivore pour les autres. Je regrette tellement mon passé de géologue : l'énergie et les emplois générés par ce bureau d’études bâti à la force de mon poignet me manquent terriblement…

 

J'aimerais évoluer mais je ne sais pas comment. Le confinement est l'occasion pour moi de regarder les dernières tendances, la manière dont les créatrices et entrepreneures avec lesquelles je partage ou la sensibilité ou la même vision, dirigent leurs affaires mais je n’arrive pas à me décider.

 

Une évidence apparaît alors : j’ai besoin de maximiser ma joie d’entreprendre sur le long terme, pour ne plus m’ennuyer au bout de quelques années d’activité seulement. Si pendant vingt longues années je ne me suis pas un instant lassée dans le rôle de directrice de mon propre bureau d’études et qu’au bout de cinq années seulement de prestations de délégataire, je m’ennuie, alors c’est bien que la position de conceptrice est celle qui m’anime le plus. La majorité des tâches qui polluent ma joie sont liées à des interruptions venant d’autres personnes. Elles sollicitent tout mon temps pour atteindre leur propre but. Je passe le plus clair de mes heures de travail à répondre à leurs priorités au détriment des miennes.

 

Et en août, enfin, je dis STOP !

 

Il est temps d’exprimer ma gratitude envers toutes les personnes qui ont croisé mon chemin et qui m’ont tenu momentanément la main dans cette deuxième entreprise. 

Il est temps de progressivement diminuer ou du moins optimiser le temps d’assistance à autrui au profit de celui accordé à développer mes propres projets. Et ils sont nombreux à hanter mon esprit, depuis déjà deux ans pour certains.

Il est temps d'accorder tout l’intérêt et le respect que je dois à mes idées et envies. De les cultiver pour les faire croître et devenir fructueuses, comme mon bureau d'études en son temps. 

Il est temps de travailler sur mon entreprise et non plus seulement dans mon entreprise !

 

Établir un plan plus stratégique en termes de rythme, de progrès et de performances. Pour emprunter un chemin plus durable et authentique qui me mènera vers mes véritables objectifs. 

Place à l’écriture, place à la création artistique assumée et revendiquée, place à la mise en  oeuvre d'un projet personnel de longue date qui j'espère verra le jour fin 2020 !  

Sur les réseaux sociaux vous avez vu ou verrez un nouveau nom en lieu et place de Prête Moi Ta Plume ou Carole Prête Plume : il s'agit de Carole Paillé Studio. Ce changement de nom et l'usage de mon nom propre adviennent comme une affirmation de mon individualité (et de mon sentiment de légitimité fraîchement conquis). Mais c'est aussi une manière d'annoncer l'ouverture prochaine de mon studio/atelier qui, je l'espère de tout mon être, sera le lieu de belles productions et collaborations.

 

J'aurai l'immense joie de vous en raconter davantage dans les prochaines semaines. Stay tuned ;)


 A tou.te.s ceux.celles qui sont parvenu.e.s jusqu'ici, merci pour le temps que vous aurez accordé à lire ces lignes. 

N'hésitez pas à me faire des retours ici ou sur les réseaux sociaux en me parlant de vos propres expériences et de vos questionnements.

 

Prenez soin de vous et de vos rêves.